Depuis le début des années 1990, l’UDC a d’abord durci le dialogue politique pour finir par le rendre impossible en se prétendant ominiscient et en se fermant de manière provocatrice à tout compromis. L’UDC contraint les autres partis à choisir entre s’aligner ou subir une opposition de principe.
Depuis plus de dix ans, nous sommes devenus les témoins de campagnes, d’affiches et de déclarations qui sont constamment à la limite de la bienséance, qui élargissent les limites de la honte et qui baissent le niveau des exigences du savoir-vivre pour donner libre cours à d’autres abus de langage. La dignité et le respect à l’égard des personnes ayant d’autres opinions ont été remplacés par la dérision et la méchanceté. Qui est-ce qui se révolterait encore aujourd’hui contre une affiche cinglante ?
Le succès de l’UDC n’a jamais été aussi prononcé que dans le domaine de la politique d’asile et à l’égard des étrangers. Elle a systématiquement mélangé les deux questions. Les conséquences: des généralisations, des préjugés et des craintes. Cette stratégie a eu pour effet de désolidariser la population suisse des réfugiés, alors qu’elle a par ailleurs activé un racisme latent débouchant sur un rejet de tous les étrangers. Le terrain ainsi préparé est ensuite utilisé pour réclamer à intervalles réguliers de nouveaux durcissements.
Malgré dix ans de politique d’apaisement de la part des autres partis, l’UDC réussit toujours à faire croire à de larges couches de la population que notre pays est menacé de perdre son identité occidentale. En créant un climat de peur et de rejet fondamental et automatique de tout ce qui est étranger, elle a préparé le terrain à des scénarios d’horreur toujours plus confus.
Une de ces mesures d’apaisement a été le programme d’allégement budgétaire 03 (PA03) lancé par la ministre de la justice destituée Ruth Metzler. Ce programme était une passe en chandelle idéale pour le successeur de Metzler au Conseil fédéral; ses effets sont cependant inquiétants dans la politique nationale. L’exclusion de l’aide sociale pour les requérants d’asile ayant fait l’objet d’une décision de non-entrée en matière a eu pour effet que divers cantons interprètent les droits fondamentaux d’une façon nouvelle. En particulier l’article 12 de la constitution fédérale qui garantit à chaque individu une aide d’urgence est interprété de manière plus généreuse. On bricole ici autour des fondements de la démocratie; les personnes tests sont des requérants d’asile avec une décision de non-entrée en matière.
Il est perfide d’expérimenter des mesures nouvelles et radicales sur un groupe de population qui ne peut presque pas ou pas du tout se défendre. La situation apparaît d’autant plus grave que le ministre de la justice Blocher n’est précisément pas connu pour être un grand défenseur des droits fondamentaux. Sa position a été confirmée par sa déclaration qu’il fallait dénoncer la CEDH pour la ratifier à nouveau ensuite avec des réserves supplémentaires.
On se demande alors: les droits de la personne n’existent-ils plus que sous réserve? Sont-ils en vigueur seulement tant que personne ne les invoque ? Voulons- nous, pouvons-nous ou, mieux, avons-nous le droit de transmettre une telle Suisse aux générations futures ?
Tom Beutler auteur du « Livre noir de l’exclusion de l’aide sociale »