1er août : fièr·exs de quoi?

Article
Dessin de trois points d'exclamation au feutre noir avec contours rose fluo

Lampions, discours, cantines avec nappes raiffeisen et feux d’artifices, partout aujourd’hui, une grande fête. Mais que célébrons nous exactement ? À en croire le discours officiel, tel que prononcé par les président·es de la Confédération lors des allocutions du 1er août des dernières années, tous partis gouvernementaux confondus[1] :

 

Un pays qui « réfléchit », promeut « l’indépendance, la sécurité, la liberté et l’autodétermination » (Ueli Maurer, UDC, 2019), qui « agit avec ses voisins » (Simonetta Sommaruga, PS, 2020) et envisage les défis actuels avec humilité, en prenant de la hauteur, en ajoutant notre engagement civique individuel et la créativité que stimule la démocratie directe (Guy Parmelin, UDC, 2021). Une Suisse, encore, qui est  fière «d’avoir ouvert ses portes et son cœur à [des milliers] de personnes en détresse » (Ignazio Cassis, PLR, 2022). Une Suisse « en mouvement » (Alain Berset, PS, 2023), et dont les personnes qui l’habitent « en tant que société et pays, relève[nt] les défis avec courage et détermination, afin de renforcer les fondements sur lesquels reposent la Suisse » (Viola Amherd, le Centre, 2024). 

 

Il serait tentant de croire que nous vivons réellement dans ce pays-là. Mais l’augmentation et la normalisation des discours racistes, ainsi que les attaques répétées contre le droit international perpétrées au Parlement ces dernières années, dont le débat sur la reprise du pacte européen sur l’asile, le 19 juin dernier, était sans doute le point d’orgue, montrent que nous sommes bien loin de ces belles paroles. Ce pacte cimente la réforme du régime d’asile européen commun (RAEC) qui marque un recul grave du droit d’asile. Il n’a rencontré que trop peu d’opposition.

 

 Sommes-nous une Suisse de papier, qui étale ses valeurs uniquement pour la galerie ?

 

Où est la réflexion, où est l’importance apportée à la sécurité, quand les inégalités sociales et de droit, qui sont les causes premières de l’insécurité, sont exacerbées par la proposition du Conseil fédéral de ne reprendre que les éléments les plus restrictifs du pacte sur l’asile de l’UE ?

 

Où sont le courage et l’(auto)détermination quand la majorité du Parlement, gauche et droite confondues, accepte d’entrer en matière sur un projet de reprise du droit européen sur l’asile sans y apporter des contre-mesures fortes et efficaces qui permettraient, entre autres, d’améliorer le statut des réfugiés de guerre ? 

 

Où est la prise de hauteur quand des membres du Parlement qualifient de criminelles des personnes qui sont contraintes de franchir les frontières de manière illégalisée pour sauver leur vie alors que la plupart des voies d’entrée sûres ont été abolies ? 

 

Où sont les bonnes relations avec les voisins européens quand on accepte un pacte qui renforce la relégation de la plus grande part de l’accueil aux pays des frontières extérieures, qui sont les plus pauvres de l’Union, en refusant même d’en prendre en charge une infime partie par le mécanisme de solidarité ? 

 

Où est la célébration du mouvement, quand le Parlement accepte que les personnes venant demander l’asile soient de facto détenues dans des camps gigantesques et hostiles aux frontières de l’Europe ? 

 

Le projet de reprise du RAEC, proposé par le Conseil fédéral, est une abomination, unanimement condamnée par toutes les organisations de défense des droits des personnes réfugiées en Suisse. 

 

L’attitude du Parlement face au nouveau pacte européen sur l’asile et la migration est pleutre, elle représente un retour en arrière sur les droits fondamentaux et un grave mépris du droit international. Ne laissons pas les extrêmes droites (européennes et suisses) nous dicter notre politique migratoire. Il est hors de question que nous soyons un pays en guerre contre un ennemi qu’l s’invente. Revenons à nos fondements, le droit international, dont la Convention de Genève, la tradition humanitaire. Ne laissons pas la pire réforme du droit d’asile européen passer sans rien dire. 

 

Si nous tenons véritablement à l’État de droit, à la solidarité, et à l’idée que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres, (comme le dit le préambule de la Constitution fédérale), le projet actuel de reprise du RAEC doit être fermement combattu.


 

[1] Les textes des différentes allocutions peuvent être consultés ici : https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/discours/allocutions-fete-nationale.html

Projekt
Labels